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Aimez-vous cette belle langue de la mer qu’évoque le merveilleux Hugo dans « Les travailleurs de la mer »?

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Aimez-vous cette belle langue de la mer qu’évoque le merveilleux Hugo dans « Les travailleurs de la mer »?

« La vieille langue de mer.
Ces marins des channel islands sont de vrais vieux gaulois. Ces îles, qui aujourd’hui s’anglaisent rapidement, sont restées longtemps autochtones. Le paysan de Serk parle la langue de Louis XIV. Il y a quarante ans, on retrouvait dans la bouche des matelots de Jersey et d’Aurigny l’idiome marin classique. On se fût cru en pleine marine du XVIIe siècle. Un archéologue spécialiste eût pu venir étudier là l’antique patois de manoeuvre et de bataille rugi par Jean Bart dans ce porte-voix qui terrifiait l’amiral Hidde. Le vocabulaire maritime de nos pères, presque entièrement renouvelé aujourd’hui, était encore usité à Guernesey vers 1820. Un navire qui tient bien le vent était  » bon boulinier  » ; un navire qui se range au vent presque de lui-même, malgré ses voiles d’avant et son gouvernail, était un  » vaisseau ardent  » . Entrer en mouvement, c’était  » prendre aire  » ; mettre à la cape, c’était  » capeyer  » ; amarrer le bout d’une manoeuvre courante, c’était  » faire dormant  » ; prendre le vent dessus, c’était  » faire chapelle  » ; tenir bon sur le câble, c’était  » faire teste  » ; être en désordre à bord, c’était  » être en pantenne  » ; avoir le vent dans les voiles, c’était  » porter-plain  » . Rien de tout cela ne se dit plus. Aujourd’hui on dit : louvoyer, alors on disait : leauvoyer ; on dit : naviguer, on disait : naviger ; on dit : virer vent devant, on disait : donner vent devant ; on dit : aller de l’avant, on disait : tailler de l’avant ; on dit : tirez d’accord, on disait : halez d’accord ; on dit : dérapez, on disait : déplantez ; on dit : embraquez, on disait : abraquez ; on dit : taquets, on disait : bittons ; on dit : burins, on disait : tappes ; on dit : balancines, on disait : valancines ; on dit : tribord, on disait : stribord ; on dit : les hommes de quart à bâbord, on disait : les basbourdis. Tourville écrivait à Hocquincourt : nous avons singlé. au lieu de  » la rafale  » , le raffal ; au lieu de  » bossoir  » , boussoir ; au lieu de  » drosse  » , drousse ; au lieu de  » loffer  » , faire une olofée ; au lieu de  » élonger  » , alonger ; au lieu de  » forte brise  » , survent ; au lieu de  » jouail  » , jas ; au lieu de  » soute  » , fosse ; telle était, au commencement de ce siècle, la langue de bord des îles de la Manche. En entendant parler un pilote jersiais, Ango eût été ému. Tandis que partout les voiles faseyaient , aux îles de la Manche elles barbeyaient . Une saute-de-vent était une  » folle-vente  » . On n’employait plus que là les deux modes gothiques d’amarrage, la valture et la portugaise. On n’entendait plus que là les vieux commandements : tour-et-choque ! -bosse et bitte ! – un matelot de Granville disait déjà le clan , qu’un matelot de Saint-Aubin ou de saint-Sampson disait encore le canal de pouliot . Ce qui était bout d’alonge à Saint-Malo, était à Saint-Hélier oreille d’âne . Mess Lethierry, absolument comme le duc De Vivonne, appelait la courbure concave des ponts la tonture et le ciseau du calfat la patarasse . C’est avec ce bizarre idiome entre les dents que Duquesne battit Ruyter, que Duguay-Trouin battit Wasnaer, et que Tourville en 1681 embossa en plein jour la première galère qui bombarda Alger. Aujourd’hui, c’est une langue morte. L’argot de la mer est actuellement tout autre. Duperré ne comprendrait pas Suffren. La langue des signaux ne s’est pas moins transformée ; et il y a loin des quatre flammes, rouge, blanche, bleue et jaune de La Bourdonnais aux dix-huit pavillons d’aujourd’hui qui, arborés deux par deux, trois par trois, et quatre par quatre, offrent aux besoins de la communication lointaine soixante-dix mille combinaisons, ne restent jamais court, et, pour ainsi dire, prévoient l’imprévu. »

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  • "vaisseau ardent"
  • langue de la mer
7 Responses
    • aussi riche que celle de la vènerie

    • Merci Shah, je suis amoureuse de ce livre, amoureuse de Gilliatt, comme une enfant, comme une cloîtrée, comme une amante, comme la folle de Hugo que je suis et serai toujours…

    • Homme libre, toujours tu chériras la mer!
      La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
      Dans le déroulement infini de sa lame
      Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

      Tu te plais a plonger au sein de ton image;
      Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
      Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
      Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

      Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets;
      Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes;
      O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
      Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

      Et cependant voilà des siècles innombrables
      Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
      Tellement vous aimez le carnage et la mort,
      O lutteurs éternels, O frères implacables!

    • Merci, Shah, de partager avec nous les écrits de ce Géant !
      Et tu me fais plaisir de deux côtés : mon passé d’Officier de Marine et ma passion de la littérature, notamment du XIX°, dont Hugo fut le plus grand des représentants. Merci encore !

      Et je voudrai partager ce magnifique poème de Victor Hugo, dans « Les Rayons et les Ombres » :

      Oceano nox

      Oh ! combien de marins, combien de capitaines
      Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
      Dans ce morne horizon se sont évanouis !
      Combien ont disparu, dure et triste fortune !
      Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
      Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

      Combien de patrons morts avec leurs équipages !
      L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
      Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
      Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
      Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
      L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

      Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
      Vous roulez à travers les sombres étendues,
      Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
      Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
      Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
      Ceux qui ne sont pas revenus !

      On s’entretient de vous parfois dans les veillées.
      Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
      Mêle encor quelque temps vos noms d’ombre couverts
      Aux rires, aux refrains, aux récits d’aventures,
      Aux baisers qu’on dérobe à vos belles futures,
      Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

      On demande : – Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
      Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
      Puis votre souvenir même est enseveli.
      Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire.
      Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
      Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

      Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
      L’un n’a-t-il pas sa barque et l’autre sa charrue ?
      Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur,
      Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
      Parlent encor de vous en remuant la cendre
      De leur foyer et de leur coeur !

      Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
      Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
      Dans l’étroit cimetière où l’écho nous répond,
      Pas même un saule vert qui s’effeuille à l’automne,
      Pas même la chanson naïve et monotone
      Que chante un mendiant à l’angle d’un vieux pont !

      Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
      O flots, que vous savez de lugubres histoires !
      Flots profonds redoutés des mères à genoux !
      Vous vous les racontez en montant les marées,
      Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
      Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

    • Jean Ango de Dieppe avec l’italien Verrezanno ( le pont de New york) auraient en effet apprécié ces écrits

      pas trop gaulois les Jean Bart et autres corsaires

      nationalités différentes en fonction des guerres et des alliances

      Victor Hugo est comme Simone Veil

      les esprits simples croient à l’emphase et aux gens qui ont pignon sur rue et qui écrivent des livres

      mes aieux étaient pêcheurs d’ Islande sur dundee, grands capitaines et l’ Histoire de la Marine l’a retenu; et même sur la Méduse en 1816.

      Mon grand oncle Charles a été un des derniers cap-horniers à voile

      mon roman est preque terminé et parlent aussi de la route de l’ ivoire, des otages à Mogador et des pirates de la mer rouge

      c’est beau les icônes comme Victor Hugo

      les peuples peuvent s’identifier et se créer des légendes

      René Duguay-Trouin de la Barbinais a commencé sur un 14 voiles avec Pierre Le Goux de la Fontaine.

      A 10 ans j’étais déjà sur un bateau au large en mer de Nord et j’ai été embarque sur le porte-avion Clémenceau plus grand.

      la mer, c’est ma famille

      Victor Hugo….bof

      c’est un politique nationaliste proche du Front National

      sa fille Léopoldine est morte en canot sur la Seine à côté de Tancarville

      je préfère de loin  » mémoires d’un paysan bas-breton  » de Jean – marie Déguignet

      voire Pierre Loti avec sa vie trépidante en Turquie

      de la vraie histoire

      Tu l’as lu ?

      Baudelaire, lui, il s’est arrêté à La réunion au moins.

    • Oui j’ aime car elle est étonnement riche, je ne connaissais pas,comme je suppose était riche et parlant ceux des travailleurs de la terre, ce patois de mes grands parents et arrières grands parents.

    • J’ai adoré ça ! Mon livre de chevet pendant des années ! Mais je suis passée à autre chose. J’y reviendrais peut-être..

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